Critique

Le scaphandre et le papillon

Titre original : The Diving Bell and the Butterfly

IMDb 6.2 / 10
Allociné 2.6 / 5
Rotten T. 50%
Critique
Affiche du film Le scaphandre et le papillon

Le scaphandre et le papillon

Le Scaphandre et le papillon, en 2007, est ce film de Julian Schnabel qui adapte les mémoires de Jean-Dominique Bauby, journaliste de Elle France paralysé par un AVC à 43 ans, qui a dicté son livre en clignant l'œil gauche pour épeler chaque lettre. C'est un projet bouleversant en soi, et c'est précisément ce qui rend impossible toute critique du film qui en est tiré : on ne critique pas un homme qui a écrit en clignant l'œil. La critique a donc cédé à cette fatalité affective et a couronné Schnabel d'une Mention spéciale à Cannes, sans interroger ce que le cinéaste américain plasticien faisait exactement avec ce matériau intime.

Mathieu Amalric joue Bauby avec une économie totale (il ne peut bouger qu'un œil), ce qui est techniquement le rôle le plus contraint imaginable et que la critique a salué comme une performance majeure, comme si l'immobilité totale constituait une virtuosité d'acteur. Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze, Anne Consigny composent autour de lui une chorale féminine d'infirmières, de logopèdes et d'épouses ; chacune est filmée en gros plans d'une beauté plastique que Schnabel maîtrise comme on maîtrise la peinture à l'huile.

Le dispositif visuel — caméra subjective qui clignote au rythme de l'œil de Bauby pendant la première partie — est techniquement remarquable. Il est aussi épuisant pour le spectateur, ce qui était peut-être l'intention. Mais l'épuisement physique du regard n'a aucun rapport avec l'épuisement existentiel d'un homme enfermé dans son propre corps. Schnabel propose à son public une expérience sensorielle ; il n'a aucun moyen de rendre l'expérience intime que Bauby a vraiment vécue. La modestie aurait commandé de le reconnaître.

2007, c'est l'année du début de la crise des subprimes, c'est aussi l'année où la France débat de la fin de vie après l'affaire Chantal Sébire. Le scaphandre et le papillon est devenu un argument du débat sans qu'aucun cinéaste n'ait pris la responsabilité éthique de cette instrumentalisation.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Julian Schnabel aurait refusé de regarder le film fini en projection, déclarant qu'il préférait 'le porter en lui sans le voir' ; cette posture artistique a coûté trois projections de presse à Cannes que le distributeur a dû organiser sans son réalisateur.