Critique
Titre original : The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring
Le Seigneur des anneaux : la communauté de l'anneau
La Communauté de l'anneau, en 2001, est ce premier volume d'un triptyque qu'on est désormais obligé de saluer comme une cathédrale du cinéma sous peine d'excommunication par les sites de fans. Peter Jackson y dirige Elijah Wood, Ian McKellen, Viggo Mortensen, Sean Bean et toute une distribution qui passe trois heures à marcher en file indienne dans des collines néo-zélandaises pendant qu'une flûte magique pleure en arrière-plan. Le concept central — un anneau, il faut s'en débarrasser — est exposé pendant un prologue d'une lourdeur didactique exemplaire, avec voix-off de Cate Blanchett qui explique à ceux qui n'auraient pas lu le livre que ce qu'ils s'apprêtent à voir est mythologique.
Ian McKellen joue Gandalf avec une aisance qui prouve qu'on peut être un grand acteur shakespearien et accepter un rôle où l'on doit dire 'You shall not pass' face à un démon de feu. Viggo Mortensen débarque cape au vent avec une mâchoire serrée pendant deux heures et demie. Elijah Wood écarquille les yeux comme on lui a demandé. Sean Bean meurt, ce qui était devenu sa spécialité avant d'être un meme. Le combat dans la mine de la Moria, où la communauté affronte un troll des cavernes, est techniquement réussi et narrativement creux : c'est une scène de combat de jeu vidéo, dont on connaît les enjeux par avance et qu'on regarde se dérouler sans surprise.
La séquence du conseil d'Elrond, où chaque représentant de chaque race se dispute pour savoir qui portera l'anneau, est filmée comme une réunion administrative en costume médiéval. C'est dans ce moment que le film révèle son vrai genre : il s'agit d'un film de procédure bureaucratique avec des elfes. Le hobbit lève la main, accepte la mission, on signe symboliquement, on part en groupe à Mordor. La trilogie entière déroulera ce protocole.
2001, c'est l'année du 11 septembre, soit le moment où le monde occidental a découvert que le mal n'était pas un seigneur dans une tour avec un œil flamboyant mais un dispositif beaucoup plus diffus, plus politique, plus difficile à filmer. Pendant que la géopolitique entrait dans une zone d'incertitude radicale, Jackson rassurait le public avec une mythologie où les méchants ont les yeux rouges et où les gentils sont reconnaissables à leurs cheveux blonds.
🎬 Le saviez-vous ?
le département costumes aurait jeté un sort de protection symbolique sur les pieds en latex des hobbits, après qu'un assistant les ait laissés une nuit entière au congélateur, ce qui aurait selon Peter Jackson 'compromis l'intégrité dramaturgique de la trilogie'.