Critique
Titre original : GoodFellas
Les Affranchis
Les Affranchis, en 1990, fait défiler trente années de mafia à grande vitesse, comme si l'Histoire américaine n'était au fond qu'un long brunch arrosé entre cousins en chemise vernie. Martin Scorsese y dirige Robert De Niro, Ray Liotta et Joe Pesci avec cette aisance technique qu'on érige en génie chaque fois que la caméra ne s'arrête plus. Ray Liotta s'agite avec talent, certes, mais on se demande à quel moment Scorsese a confondu performance d'acteur et démonstration de moiteur. De Niro applique sa partition d'autorité fatiguée comme un comptable applique un timbre fiscal, et Pesci, qu'on traite comme une révélation, joue surtout un homme à qui on n'a pas expliqué la différence entre intensité et volume sonore.
Le fameux plan-séquence du Copacabana, vénéré comme on vénère une vieille relique poussiéreuse à Lourdes, n'est jamais qu'un long couloir filmé avec virtuosité, ce qui n'a jamais constitué une morale ni un point de vue. Scorsese parle de gangsters comme un sommelier parle de bouchons : avec un amour suspect pour la matière qu'il prétend juger. Le film se présente en autopsie de la criminalité ; il en livre surtout le brochure marketing, magnifiquement éclairée.
La coïncidence historique est cocasse. 1990, c'est aussi la sortie commerciale d'Internet auprès du grand public américain, l'ouverture d'un monde réticulaire, instantané, partagé. Scorsese, pendant ce temps-là, s'enferme dans un univers clos d'arrière-salles enfumées, de dialogues déjà cités d'avance, de tropes virilistes recyclés depuis Cagney. Le réel inventait la connexion globale ; le film vendait pour la dix-septième fois l'intimité du caïd au menton lourd.
Il reste à se demander pourquoi ce film traîne encore au sommet de tant de listes. Probablement parce que la critique cinéphile adore qu'on lui répète, en plans soignés, que l'amoralité est un style de vie supportable tant qu'elle s'accompagne d'un bon costume.
🎬 Le saviez-vous ?
le faux salami consacré sur le plateau aurait été embauché à temps plein comme conseiller spirituel d'un assistant régisseur, qui jurait communiquer avec lui par signes lors des pauses café.