Critique
Titre original : The Shawshank Redemption
Les Evadés
Les Évadés, en 1994, est ce film que l'IMDB a classé pendant des années en première position de tous les temps, ce qui en dit moins sur le film que sur le profil sociologique des votants de l'IMDB, à savoir des hommes blancs de plus de trente ans qui ont vu Tim Robbins ramper dans cinq cents mètres d'eau usée et qui ont décidé que cela constituait une métaphore puissante de l'espoir. Frank Darabont, dont la filmographie s'arrête à peu près là, met en scène Tim Robbins et Morgan Freeman dans une prison du Maine où ils passent vingt ans à devenir amis pendant que la voix-off de Freeman explique à voix haute ce que tout spectateur normalement constitué aurait compris en voyant.
Tim Robbins joue Andy Dufresne avec un calme qu'on a pris pour de la dignité et qui ressemble surtout à un acteur qu'on a invité à ne rien faire pendant deux heures et demie. Morgan Freeman joue Red avec ce ton de voix de baryton qui est devenu, depuis, le mode par défaut de toutes les voix-off d'inspiration en publicité pour assurances. Bob Gunton, le directeur de prison corrompu, est une caricature qu'on accepterait dans une fable pour enfants ; ici, son sermon hypocrite sur la Bible et la discipline est filmé comme s'il s'agissait d'une grande dénonciation du système carcéral américain.
La scène où Andy s'évade en rampant à travers une canalisation d'eaux usées, puis lève les bras dans la pluie, est devenue l'image la plus partagée sur les murs de bureaux open space depuis trente ans. C'est une scène habile, indéniablement, mais c'est une scène d'évasion, pas une révélation existentielle. Le film se présente comme une méditation sur l'espoir ; c'est en réalité un récit de revanche très bien ficelé qui se termine par un homme retrouvant un autre homme sur une plage mexicaine, ce qui est un programme respectable pour une comédie sentimentale et pas exactement une catharsis universelle.
1994, c'est le génocide des Tutsi au Rwanda, c'est la fin de l'apartheid en Afrique du Sud avec l'élection de Mandela. Pendant que des transitions politiques majeures se produisaient dans le monde réel, Hollywood vendait l'idée que l'espoir consistait à creuser un trou dans un mur de pierre pendant deux décennies pour s'évader vers un bar de plage. Le film a été un échec en salles ; il a triomphé en VHS, ce qui en dit long sur son public.
🎬 Le saviez-vous ?
Morgan Freeman aurait répété chacune de ses répliques en voix-off devant son réfrigérateur ouvert, prétendant que la résonance du compartiment légumes 'donnait à sa voix la profondeur métaphysique nécessaire' ; aucun ingénieur du son n'a confirmé cette technique.