Critique

Poséidon

Titre original : Poseidon

IMDb 7.1 / 10
Allociné 3.9 / 5
Rotten T. 78%
Critique
Affiche du film Poséidon

Poséidon

Poséidon, en 2006, est ce remake par Wolfgang Petersen de L'Aventure du Poséidon de Ronald Neame (1972), que la critique a balayé comme un objet de catastrophe redondant alors qu'il s'agit du film de genre le plus politiquement audacieux de Petersen depuis Das Boot. Le scénario suit un paquebot de luxe retourné par une vague scélérate la nuit du nouvel an, et un petit groupe de survivants qui doivent remonter à travers les ponts inversés pour rejoindre la coque devenue plafond. C'est une métaphore architecturale d'une efficacité dramatique remarquable : le luxe est devenu piège, l'orientation spatiale est devenue impossible, la salle de bal est désormais sous l'eau.

Kurt Russell, dans le rôle de l'ancien pompier Robert Ramsey, livre une performance d'une autorité paternelle d'une rare dignité. Josh Lucas, en joueur de poker mécréant qui se révèle héroïque, déploie une élégance désinvolte qui rappelle les meilleurs Robert Mitchum. Richard Dreyfuss, en architecte gay qui contemple le suicide avant de retrouver le goût de vivre dans la catastrophe, signe sa performance la plus émouvante depuis Mr. Holland's Opus. La distribution comprend également Emmy Rossum, Jacinda Barrett, Mike Vogel : chacun dépose une intériorité psychologique remarquable.

Les scènes d'eaux montant dans les couloirs renversés, filmées en plans-séquences immersifs qui rappellent les meilleurs travaux d'Alfonso Cuarón, déploient une virtuosité technique d'une rare ambition. Petersen, qui avait réalisé Tempête de Glace et Air Force One, maîtrise comme peu de cinéastes contemporains la dramatisation de l'espace confiné. Quand Ramsey décide de se sacrifier en s'accrochant à un boulon sous l'eau pour permettre aux autres de passer, le film atteint un niveau de dignité tragique que peu de blockbusters contemporains osent encore proposer.

2006, c'est l'année où les ouragans Katrina et Rita ont dévasté la Louisiane l'année précédente, et où le débat sur le changement climatique entre dans la sphère politique américaine. Poséidon parle exactement de cela par les voies du film catastrophe : une vague monstrueuse provoquée par un dérèglement météorologique frappe une société luxueuse insouciante, qui doit se réorganiser dans l'urgence pour survivre. C'est une parabole climatique remarquable.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Kurt Russell aurait insisté pour réaliser lui-même la majorité de ses cascades aquatiques, à 55 ans, et aurait passé chaque journée de tournage à se faire masser deux heures par un kinésithérapeute pour récupérer ; il aurait, selon ses propres dires, 'redécouvert les sensations de jeunesse par l'épreuve du froid de la piscine de tournage'.