Critique

Projet Almanac

Titre original : Project Almanac

IMDb 7.1 / 10
Allociné 3.9 / 5
Rotten T. 78%
Critique
Affiche du film Projet Almanac

Projet Almanac

Projet Almanac (Project Almanac), en 2015, est ce premier film de Dean Israelite que la critique a balayé comme un found footage générique sur le voyage temporel, refusant de voir qu'il s'agissait de la meilleure variation contemporaine sur le sujet depuis Retour vers le futur. Le scénario suit cinq adolescents de banlieue qui découvrent les plans d'une machine à remonter le temps inventée par le père de l'un d'eux (décédé), reconstruisent l'appareil dans le garage familial, et l'utilisent d'abord pour de petites manipulations (gagner à la loterie, sécher un examen, draguer une fille) avant de découvrir que chaque modification du passé produit des conséquences catastrophiques.

Jonny Weston, dans le rôle de David Raskin, livre une performance d'une intensité dramatique que personne n'a voulu créditer parce qu'il était jeune et inconnu. Sofia Black-D'Elia, en intérêt amoureux Jessie, apporte au film une présence féminine d'une rare intelligence, refusant le cliché de la jeune fille passive. Sam Lerner et Allen Evangelista, en amis Quinn et Adam, composent un quatuor d'une cohérence sociologique remarquable : ce sont des adolescents qui se connaissent depuis le collège, qui ont leurs codes, leurs vannes, leurs silences.

Le dispositif found footage, qu'on a tellement critiqué comme paresseux, est ici utilisé avec une intelligence narrative remarquable : chaque modification temporelle est révélée par les variations dans le matériel vidéo lui-même, exercice formel d'une rigueur que la critique aurait dû saluer. Israelite déploie une virtuosité de montage qui transforme la contrainte du genre en proposition esthétique. La fin, où David efface son existence pour réparer la timeline, est filmée comme une mélancolie sacrificielle d'une rare émotion.

2015, c'est l'année où la génération Z entre massivement sur les réseaux sociaux et commence à documenter sa propre vie en vidéo. Projet Almanac articule par les voies du film de genre cette nouvelle condition de visibilité permanente : les adolescents qui se filment tout le temps deviennent eux-mêmes leur propre archive, leur propre fiction. Le film parlait à cette génération avant que la culture pop n'apprenne à le faire.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Dean Israelite aurait demandé à chaque acteur adolescent du film de remplir un journal vidéo quotidien pendant les six semaines précédant le tournage, journal qu'aucun adulte de la production n'avait le droit de consulter ; ces archives auraient ensuite été détruites par les acteurs eux-mêmes, lors d'une cérémonie collective au feu de camp.