Critique

Requiem for a Dream

IMDb 6.0 / 10
Allociné 2.5 / 5
Rotten T. 47%
Critique
Affiche du film Requiem for a Dream

Requiem for a Dream

Requiem for a Dream, en 2000, est ce film de Darren Aronofsky qu'on a salué comme une expérience traumatisante sur l'addiction, alors qu'il s'agit surtout d'un manuel d'esthétisation de la souffrance avec une bande-son de cordes par Clint Mansell qui est devenue, depuis, la musique la plus utilisée dans l'histoire des bandes-annonces de films de genre. Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly et Marlon Wayans jouent quatre personnages qui se détruisent progressivement par diverses substances, scénario que tout cours de prévention en lycée traiterait avec plus de pédagogie et autant de pertinence. Le film se présente comme une dénonciation des dérives de la société de consommation et de la dépendance ; il fonctionne en réalité comme une publicité contre les minorités, contre les femmes seules, contre les pauvres.

Ellen Burstyn, en mère vieillissante qui devient accro aux amphétamines pour maigrir, livre la seule performance dramatiquement justifiée du film. Le reste — Leto en junkie, Connelly en prostituée, Wayans en dealer — est joué dans un registre stylisé qu'Aronofsky filme avec une saturation de plans rapprochés sur des gélules avalées et des bras où on enfile des seringues. La technique de découpage rapide qui montre les rituels d'absorption (cuillère, briquet, seringue, dilatation de pupille) est devenue une signature du cinéaste et un cliché immédiat de la culture pop : tout vidéoclip de hip-hop qui veut faire 'sombre' utilise désormais cette grammaire.

La scène finale, où les quatre personnages atteignent leur point de chute respectif (institution, prison, ablation de bras, scène de sexe humiliante), est filmée comme un opéra de la déchéance avec montage parallèle. C'est extraordinairement ostentatoire ; c'est aussi extraordinairement complaisant, parce que la déchéance des personnages est filmée avec la même esthétisation que leurs moments de plaisir, ce qui révèle que le film n'est pas une critique de la dépendance mais une fascination pour ses signes visuels. Aronofsky n'est pas en colère contre l'addiction, il est amoureux de son iconographie.

2000, c'est l'année où la consommation de méthamphétamines explose dans les villes moyennes américaines, c'est le début d'une crise de santé publique majeure qui ne sera reconnue qu'une décennie plus tard. Pendant que le réel commençait à fabriquer une catastrophe sanitaire concrète et politiquement traitable, Aronofsky proposait à son public l'esthétique d'un cauchemar Brooklynois aux pupilles dilatées. La crise réelle des opioïdes était à venir ; le film n'a aidé personne à la prévoir ni à la traiter.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Jared Leto aurait perdu douze kilos pour le rôle, ce qu'il aurait revendiqué dans toutes les interviews ; aucun journaliste n'a jamais demandé pourquoi il fallait précisément cela pour jouer un junkie de Brooklyn dans un film tourné en deux mois.