Critique
Titre original : Back to the Future
Retour vers le futur
Retour vers le futur, en 1985, est cette comédie de science-fiction qu'on traite encore aujourd'hui comme un sommet du divertissement intelligent, alors qu'il s'agit d'un film où un adolescent voyage dans le passé pour empêcher sa propre mère de tomber amoureuse de lui, scénario que la psychanalyse de café trouverait peut-être un peu chargé. Robert Zemeckis dirige Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Lea Thompson et Crispin Glover dans un tourbillon de gags chronologiques où le seul vrai mystère est de savoir comment un savant fou habillé comme un congrès de physique nucléaire a pu vivre tranquillement dans la banlieue de Hill Valley sans alerter ni les voisins ni les services sociaux.
Michael J. Fox joue Marty McFly avec ce mélange de niaiserie et de hâte qu'on a confondu pendant quarante ans avec du charme. Christopher Lloyd, en docteur Brown, débite ses tirades scientifiques en agitant les bras comme un mime sous antidépresseur ; on a appelé cela une performance iconique parce qu'on n'avait pas, à l'époque, de meilleur mot pour 'cabotinage assumé'. Lea Thompson, en mère adolescente attirée par son propre fils, traverse le film avec la dignité qu'on peut conserver quand on doit jouer un nœud œdipien sur fond de chanson de bal de fin d'année. Crispin Glover, en père lopette qui devient héros, fait le seul vrai travail d'acteur du film, ce qui ne l'a pas empêché d'être renvoyé pour la suite parce qu'il demandait trop d'argent.
La DeLorean est devenue une icône culturelle, ce qui est un grand mystère sociologique : il s'agit d'une voiture commerciale ratée, équipée pour le tournage d'un condensateur de flux qui ressemble à un ventilateur de salle de bains. Le film est traversé de gags qui devaient être drôles à l'époque et qui sont aujourd'hui des notes en bas de page culturelles : le terroriste libyen, la blague sur la Pepsi Free, le flux capacitor, autant de choses qu'on commente sur des forums spécialisés.
1985, c'est l'année où Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS et lance la perestroïka, c'est-à-dire un projet réel de réforme d'un système politique fossilisé. Pendant qu'un homme tentait pour de vrai de modifier la trajectoire historique de son pays, Hollywood proposait à son public l'idée qu'on pouvait modifier le passé en faisant tomber sa mère amoureuse du bon partenaire au bal du lycée.
🎬 Le saviez-vous ?
Crispin Glover aurait demandé que le département scénario lui fournisse une biographie complète de son personnage avant les années 1955, et notamment 'son ressenti politique sur l'élection présidentielle de 1932', ce que la production a refusé en arguant des contraintes de planning.