RoboCop
Robocop, en 1987, est ce film de Paul Verhoeven qu'on a sanctifié comme une satire géniale du capitalisme corporatiste américain, alors qu'il s'agit principalement d'un policier de Detroit qui se fait massacrer puis revient en cyborg pour tuer ses meurtriers en faisant éclater leurs corps. La satire, telle qu'elle existe, tient à des fausses publicités intercalées dans le film (pour des voitures qui consomment trois fois trop, pour un jeu de société où l'on déclenche une guerre nucléaire) qui sont effectivement drôles, ce qui constitue à peu près sept minutes sur cent.
Peter Weller, sous le costume métallique, fait un travail physique remarquable : il avance lentement, tourne la tête lentement, parle lentement. C'est exactement ce qu'on demande à un acteur qui doit jouer un cyborg, et qui a beaucoup moins à faire que les figurants qui se font abattre autour de lui. Nancy Allen joue la coéquipière féminine qui ne fait à peu près rien, comme dans tout film d'action des années 1980. Kurtwood Smith, en méchant principal, hurle des insultes en regardant droit l'objectif, ce qui constitue son arc dramatique complet.
La célèbre scène où le cadre commercial est déchiqueté par le robot ED-209 dans la salle de réunion d'OCP, et où il agonise pendant trente secondes en hurlant pendant que son patron commente 'Dick, you're fired', est citée comme un sommet de l'humour noir. C'est en réalité une scène où un acteur fait semblant d'être atteint de quarante balles pendant que le film rit de sa mort. Le film se présente comme une dénonciation de la privatisation des services publics ; il est lui-même devenu une franchise privée avec sequels, séries TV et reboot. La satire a été retournée par l'industrie qu'elle critiquait.
1987, c'est l'année où Reagan dit à Gorbatchev de faire tomber le mur de Berlin, c'est aussi le krach boursier d'octobre. Le réel offrait alors un spectacle de capitalisme triomphant et de capitalisme en panique, dans la même année. Verhoeven, lui, demandait à son public de se réjouir d'un cyborg qui faisait justice dans Detroit. La métaphore aurait pu être plus mordante ; elle s'est contentée d'être divertissante.
🎬 Le saviez-vous ?
le costume de Robocop aurait pesé tellement lourd que Peter Weller aurait perdu trois kilos pendant le premier mois de tournage ; le studio aurait ensuite refusé de l'alléger, prétextant que 'la lourdeur faisait partie de la métaphore industrielle'.