Critique
Titre original : Superbad
SuperGrave
SuperGrave (Superbad), en 2007, est cette comédie de Greg Mottola écrite par Seth Rogen et Evan Goldberg quand ils avaient 13 ans (oui, treize ans), retravaillée pendant la décennie suivante, et que la critique a saluée comme le sommet du genre 'teen movie pour adultes' parce qu'elle a confondu vulgarité et authenticité. Le film suit deux lycéens (Jonah Hill, Michael Cera) qui passent leur dernière nuit de lycée à essayer d'acheter de l'alcool pour aller à une fête où ils espèrent perdre leur virginité. C'est exactement le scénario de tous les teen movies depuis Porky's en 1981 ; il est ici filmé avec une saturation de dialogues obscènes qui constitue à peu près l'unique innovation.
Michael Cera, qu'on a tellement aimé pour son timing de comédie nerveuse, joue Evan avec la même nervosité timide qu'il jouera ensuite pendant quinze ans dans toutes ses productions. C'est efficace ; ce n'est pas étendu. Jonah Hill, en Seth obsédé sexuel hurleur, livre la performance qui lancera sa carrière. Christopher Mintz-Plasse, en McLovin qui se procure une fausse carte d'identité grotesque, devient instantanément une icône culturelle, et le film en a probablement plus à dire de notre époque que de la sienne : on a célébré pendant vingt ans un adolescent que toute formation au respect mutuel signalerait aujourd'hui comme un problème.
Les deux policiers (Bill Hader, Seth Rogen) qui accompagnent McLovin dans une virée nocturne irresponsable constituent la partie la plus problématique du film : on présente comme drôle deux flics qui tirent au pistolet en pleine ville, qui boivent en service, qui négligent leur travail, et le rire qu'on demande au spectateur revient à valider une culture de l'impunité policière qui a depuis produit des conséquences politiques considérables aux États-Unis.
2007, c'est le début de la crise des subprimes. SuperGrave a fait 170 millions de dollars au box-office en proposant aux jeunes Américains de rire de la transgression masculine décontractée, exactement au moment où le réel commençait à exiger d'eux une responsabilité collective. C'est un timing politique malheureux dont on continue de subir les effets.
🎬 Le saviez-vous ?
Seth Rogen aurait écrit la première version du scénario à 13 ans avec son ami Evan Goldberg pendant des fins d'après-midi de classe ennuyeuses ; les versions successives ont été conservées dans un classeur Lisa Frank rose et violet que la production a refusé de présenter publiquement par crainte d'embarrassement marketing.