Critique
Titre original : Terminator 2: Judgment Day
Terminator 2 : le Jugement Dernier
Terminator 2, en 1991, est cette suite que James Cameron a vendue comme une révolution technologique alors qu'il s'agit principalement d'un homme musclé qui dit au revoir à un enfant en pouce levé pendant qu'on le descend dans un bain de fer en fusion. Arnold Schwarzenegger reprend le rôle qui a fait sa carrière en inversant la position morale : cette fois il est le gentil. Linda Hamilton fait des pompes pour montrer qu'elle est devenue dure. Edward Furlong, dans le rôle de John Connor adolescent, livre une performance qu'on a longtemps confondue avec du naturel et qui n'est que de l'inexpérience. Robert Patrick, en T-1000, marche très lentement dans des couloirs en faisant des poses, ce qu'on a applaudi comme une menace nouvelle.
Les effets spéciaux de morphing liquide ont été présentés comme un sommet technique à l'époque, et il est vrai qu'ils étaient remarquables pour 1991. Trente-cinq ans plus tard, ils ont l'air exactement de ce qu'ils sont : un effet visuel daté, qu'on revoit avec la tendresse qu'on a pour les coiffures du même millésime. La poursuite en motocyclette dans le canal de Los Angeles est un grand moment de cascade ; c'est aussi à peu près la seule scène du film qui n'est pas une variation sur le même schéma — quelqu'un court, le T-1000 le rattrape, le terminator gentil intervient. Pendant deux heures vingt.
Le film se présente comme une réflexion sur le déterminisme, le choix, la possibilité d'échapper à un destin programmé. La phrase 'No fate but what we make for ourselves' est gravée dans une table de pique-nique au couteau, ce qui est probablement le summum allégorique du film. Le Terminator gentil apprend à ne pas tuer, ce qui constitue le sommet de l'arc narratif d'un personnage qui jusque-là ne savait que tuer. Tout cela est articulé avec la subtilité d'un mode d'emploi de four à micro-ondes.
1991, c'est la guerre du Golfe, c'est la fin de l'URSS, c'est un monde géopolitique qui se reconfigure de manière inédite depuis 1945. Cameron, lui, demandait à son public de s'inquiéter pour un robot tueur venu du futur. Le décalage entre la sophistication de la nouvelle géopolitique et la simplicité conceptuelle du film est presque attendrissant.
🎬 Le saviez-vous ?
Arnold Schwarzenegger aurait été dispensé de presque toutes ses lignes de dialogue à sa propre demande, ce qui aurait conduit le scénariste à transformer plusieurs phrases complètes en variations du même 'I'll be back', qu'il a utilisé deux fois dans le film en pensant que personne ne le remarquerait.