Titanic
Titanic, en 1997, est ce film de trois heures quatorze minutes que James Cameron a vendu au monde entier comme une love story et qui est, en vérité, une publicité immobilière sous-marine pour milliardaires défunts. Leonardo DiCaprio et Kate Winslet jouent deux jeunes gens qui se rencontrent sur un bateau, partagent une session de dessin nu en quinze minutes, et décident que leur idylle de quatre jours mérite que la moitié de la planète sanglote pendant un quart de siècle. DiCaprio est mignon, Winslet est lumineuse, et c'est à peu près tout ce qu'on peut dire de leur performance commune, le scénario se chargeant de leur fournir des dialogues qu'un manuel de drague de banlieue trouverait peut-être un peu appuyés.
Cameron, qu'on traite encore aujourd'hui comme un visionnaire, est ici un ingénieur qui se prend pour un poète. Le naufrage est admirablement reconstitué, ce qui est la moindre des choses puisque c'est précisément ce qu'on est venu voir. La séquence où le navire se brise en deux et plonge à la verticale est un grand moment d'effets spéciaux, et Cameron, qui le sait, l'étire jusqu'à la lassitude. La scène finale, où la vieille Rose retourne sur le pont fantomatique pour retrouver Jack en lumière dorée, n'est pas une fin émouvante : c'est un publi-reportage pour cimetières marins de luxe.
Céline Dion chante en générique de fin que son cœur continuera, ce qui constitue à la fois une promesse et une menace. Le film a gagné onze Oscars, ce qui en dit moins sur ses qualités cinématographiques que sur l'état de l'Académie en 1998. Bill Paxton fait l'aventurier moderne, Billy Zane fait le méchant en moustache, Kathy Bates fait l'Américaine ostentatoire : chaque rôle est une caricature qu'on n'aurait pas tolérée dans n'importe quel film moins coûteux.
1997, c'est aussi la mort de Diana Spencer dans un tunnel parisien, soit la production en direct d'un drame mondial dans des circonstances réelles. Pendant qu'une princesse mourait pour de vrai sous les flashes des paparazzi, Cameron en faisait pleurer la planète sur deux acteurs accrochés à un morceau de bois flottant.
🎬 Le saviez-vous ?
le morceau de bois flottant sur lequel survit Rose aurait été testé par Cameron lui-même qui aurait, paraît-il, conclu qu'il pouvait facilement supporter deux personnes ; il a néanmoins choisi le contraire, ce qu'il a expliqué publiquement par 'des raisons de poésie cinématographique'.