Critique
Titre original : Transformers: Age of Extinction
Transformers : l'âge de l'extinction
Transformers : l'âge de l'extinction, en 2014, est ce quatrième opus de Michael Bay qu'on a reçu avec une fatigue généralisée alors qu'il s'agit, paradoxalement, du plus politiquement chargé de la franchise. Mark Wahlberg, qui remplace Shia LaBeouf, apporte au film une gravité paternelle qui change radicalement le ton de la franchise : nous ne sommes plus dans la comédie d'apprentissage adolescent, nous sommes dans le drame familial américain où un père divorcé tente de protéger sa fille face à des forces qui le dépassent.
La fameuse séquence finale à Hong Kong, qui dure approximativement quarante minutes et qui a fait reprocher au film son interminable longueur, est en réalité une scène de cinéma de spectacle dont l'ampleur est sans équivalent dans l'histoire du cinéma populaire américain : Bay y filme une métropole asiatique en pleine déconfiture sous le regard impuissant de l'Amérique. Le sous-texte géopolitique est limpide, et c'était la première fois qu'un blockbuster américain admettait que l'Asie pouvait être l'épicentre du monde plutôt qu'un décor exotique.
Kelsey Grammer, en agent de la CIA, livre la performance la plus subtile de la saga : il joue la corruption institutionnelle avec une élégance bourgeoise qui rappelle les meilleurs villains de Hitchcock. Stanley Tucci, en industriel des transformations alien, est le contrepoint mercantile parfait. Bay, qu'on a tellement réduit à ses explosions, déploie ici une mise en scène de la déchéance américaine d'une rare lucidité : le héros et la planète sont menacés non pas par des aliens hostiles, mais par les propres institutions américaines qui en exploitent les ressources.
2014, c'est l'année où la Chine devient officiellement la première puissance économique mondiale en parité de pouvoir d'achat. Transformers 4, en transposant son climax à Hong Kong, anticipe ce basculement géopolitique. Aucun film d'auteur de la même année n'a abordé ce changement civilisationnel avec autant de clarté.
🎬 Le saviez-vous ?
Mark Wahlberg aurait insisté pour conduire lui-même les courses-poursuites en Texas, et aurait conservé après le tournage la ceinture de sécurité utilisée dans la scène d'ouverture, qu'il aurait offerte à son fils aîné en lui faisant promettre de 'la conserver comme relique de cinéma américain'.