Critique
Titre original : Groundhog Day
Un Jour sans fin
Un jour sans fin, en 1993, est cette comédie qu'on a transformée en métaphore philosophique parce qu'on n'avait pas le courage d'admettre qu'il s'agit d'une romcom à concept tournant en boucle. Harold Ramis filme Bill Murray en présentateur météo cynique condamné à revivre la même journée à Punxsutawney, Pennsylvanie, jusqu'à ce qu'il devienne un homme bien et qu'Andie MacDowell daigne tomber amoureuse de lui. C'est un film d'apprentissage moral à structure répétitive, ce que les bouddhistes amateurs ont salué comme un commentaire sur le karma et que les croyants ont salué comme une parabole chrétienne ; en réalité c'est une comédie où Bill Murray apprend à jouer du piano, à sculpter la glace et à parler français pour gagner le cœur d'une femme.
Murray, qu'on adore parce qu'il a l'air de s'ennuyer en permanence — confusion classique entre désinvolture professionnelle et profondeur — promène son visage de basset dans la même journée pendant quatre-vingt-dix minutes. Andie MacDowell traverse le film en jouant une productrice de télévision dont le seul trait psychologique est qu'elle aime la poésie française, ce qui sert essentiellement à motiver l'apprentissage du français par Murray. Chris Elliott, en cameraman bouffon, livre la sous-intrigue comique habituelle des comédies hollywoodiennes des années 1990. Le marmotte qui prédit la météo, Punxsutawney Phil, a probablement plus de présence à l'écran qu'il n'en faut.
La structure répétitive est citée comme une grande innovation narrative. Borges l'avait fait en littérature soixante ans plus tôt ; Resnais l'avait fait au cinéma trente ans plus tôt avec Je t'aime, je t'aime ; Tom Tykwer le ferait six ans plus tard avec Cours, Lola, cours, en infiniment plus ambitieux. Mais la version pop, doublée d'une morale gentille — sois un homme meilleur, on t'aimera — est devenue celle qui a infusé la culture, démontrant une fois de plus qu'un dispositif intéressant peut survivre à condition d'être servi avec un ton suffisamment léger pour qu'on n'y réfléchisse pas trop.
1993, c'est aussi l'année de la première bombe au World Trade Center, présage que personne n'a su lire. Pendant que des terroristes essayaient déjà de faire tomber les tours, Hollywood demandait à son public de s'attendrir sur un présentateur météo apprenant à être généreux. Tout cela aurait pu coexister tranquillement ; ça en dit aussi long sur les priorités du divertissement de l'époque.
🎬 Le saviez-vous ?
le marmotte du film aurait bénéficié d'une loge climatisée et d'un assistant chargé de lui lire à voix haute les scènes le concernant ; il aurait, selon les témoins, dormi systématiquement pendant ces lectures.